Dylan Tatti, tisser des liens entre sciences, paysages et pratiques de terrain
- Maison de la Tourbière

- 16 janv.
- 3 min de lecture
Arrivé à la Maison de la Tourbière au moment où le Centre de compétences marais prenait forme, Dylan Tatti incarne une approche du vivant fondée sur le lien : lien entre disciplines, entre milieux naturels et activités humaines, entre recherche scientifique et réalités du terrain.

Né dans un environnement rural, Dylan Tatti a grandi au contact direct de l’agriculture et des paysages façonnés par l’humain. Cette proximité précoce avec le monde paysan a profondément marqué sa manière d’envisager la nature : non pas comme un espace figé ou mis à distance, mais comme un milieu vivant, façonné par des interactions constantes entre les humain·e·s, les sols, l’eau et la végétation. Cette vision d’une cohabitation active entre l’humain et le vivant constitue aujourd’hui un fil conducteur de son parcours.
Après une scolarité jurassienne, il s’oriente vers des études en biologie, d’abord avec curiosité, puis avec un intérêt croissant pour les relations entre les composantes des écosystèmes. À l’Université de Neuchâtel, puis dans le cadre d’un master en bio-géosciences mené entre Neuchâtel et Lausanne, il développe un regard transversal sur les paysages, où la botanique devient une clé de lecture du sol, de l’histoire des lieux et des pratiques humaines. Les plantes ne sont plus seulement des espèces à nommer, mais des indicateurs, des témoins et des points de connexion entre disciplines.
Son doctorat, réalisé dans un contexte international, approfondit cette approche relationnelle, notamment autour de la matière organique, du bois mort et des sols. Ces travaux l’amènent naturellement à s’intéresser aux marais et aux tourbières, milieux complexes où s’entrecroisent enjeux écologiques, hydrologiques, agricoles et climatiques. Parallèlement à la recherche académique, Dylan Tatti cultive un engagement constant pour le dialogue, la transmission et la mise en réseau, que ce soit dans le milieu associatif, culturel ou universitaire.
Avant de rejoindre la Maison de la Tourbière, il travaille plusieurs années dans le domaine agronomique, notamment dans un environnement bilingue, au contact direct des agriculteur·rice·s. Cette expérience renforce sa conviction que les transitions écologiques ne peuvent se construire sans une compréhension fine des contraintes du terrain et sans respect pour les savoir-faire existants. Pour lui, il ne s’agit pas d’imposer des modèles, mais d’ouvrir des espaces de réflexion, d’expérimentation et d’échange.
C’est dans cet esprit qu’il rejoint la Maison de la Tourbière, séduit par un projet encore en construction, mais porteur d’un fort potentiel. À ses débuts, le Centre de compétences marais n’est qu’un ensemble de plans, d’idées et de rencontres. Dylan Tatti participe activement à cette phase fondatrice : création de liens, structuration progressive des activités, dialogue avec les partenaires scientifiques, institutionnels, agricoles et associatifs.
Aujourd’hui, le Centre de compétences marais se positionne comme un espace de mise en relation entre expertises existantes. Il ne vise pas à se substituer aux acteur·rice·s déjà engagé·e·s depuis de nombreuses années, mais à faciliter les échanges, à identifier des complémentarités et à soutenir des projets de recherche appliquée répondant à des questions concrètes issues du terrain. Les sols, l’eau, la végétation et les pratiques agricoles constituent des axes centraux de ce travail.
Parmi les projets emblématiques figure REGENERE, qui réunit producteur·rice·s agricoles, spécialistes de la protection de la nature et chercheur·euse·s autour d’une réflexion commune sur l’exploitation durable des anciennes zones tourbeuses. Plus largement, le Centre développe des formations, des projets pilotes soutenus par la Confédération, des collaborations universitaires et des actions de valorisation des savoirs liés aux tourbières, notamment autour des bryophytes et en particulier des sphaignes.
Pour Dylan Tatti, l’enjeu dépasse la seule production de connaissances. Il s’agit aussi de préserver et de transmettre des savoirs accumulés au fil des décennies, à un moment où de nombreux·ses expert·e·s arrivent à la retraite, et de rendre la recherche accessible aux acteur·rice·s locaux·ales comme au grand public. Cette volonté de partage se traduit également par le développement d’événements, de formations en ligne et d’outils de documentation.
